La chemise hawaïenne Aloha : un classique du style americana

La chemise hawaïenne Aloha : un classique du style americana

La chemise hawaïenne Aloha bénéficie d’un regain d’intérêt sur le marché de la reproduction et dans la culture vintage. Issue d’une riche tradition textile locale, elle a durablement imprégné la culture vestimentaire américaine et incarné un certain mode de vie.

La chemise hawaïenne Aloha des années 1930-1950 est devenue une pièce de collection incontournable pour les amateur.rices de vêtements vintage. Ayant su traverser le temps, elle est aujourd’hui encore un symbole fort de la culture du style américain. Retour sur une pièce historique et petite sélection des plus belles réinterprétations.

L’origine de la chemise hawaïenne Aloha

La tradition textile de Hawaï

Les racines exactes de la chemise Aloha sont difficiles à retracer : elle serait principalement héritée du tapa, une étoffe traditionnelle fabriquée dans les îles du Pacifique à partir d’écorces battues de mûrier, d’arbre à pain ou de ficus. Le tapa est principalement utilisé à l’état naturel, mais certaines étoffes sont aussi teintes en jaune ou en rouge à l’aide de pigments végétaux. Ces textiles géométriques sont utilisés par les habitants de l’île pour fabriquer des pagnes (Kapa Malos) et des sarongs (Kapa Pa’us).

La chemise de style hawaïen aurait également été anticipée par la tenue des travailleur.euse.s japonais.es à l’arrivée des migrants nippons de première génération (Issei) à Hawaï à la fin du 19e siècle pour travailler dans les plantations d’ananas et les champs de cannes à sucre. À cette époque, les missionnaires imposaient le port d’une chemise de travail appelée palaka, en coton épais bon marché commandé en grande quantité d’Angleterre : à manches longues, carreaux bleu foncé et blanc, et, comme la future chemise Aloha, coupée large et courte pour être portée hors du pantalon.

Aujourd’hui, le label japonais Sun Surf reproduit une Palaka Union Supply en respectant la construction originale à carreaux avec une teinture à l’indigo. On trouve aussi quelques pièces de ce denim hawaïen chez Porter Classic, également sous forme de vestes et de pantalons.  

L’art tailleur japonais à Honolulu

C’est dans la décennie 1920-1930 que la tradition textile locale du kapa et de la palaka rencontre celle des différent.e.s immigrant.e.s d’Hawaï : le kimono japonais, le paréo tahitien ou encore le barong des Philipines. La chemise hawaïenne Aloha fait son apparition sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui : une chemise à manches courtescol échancré, ourlet plat, taille courte, très large et très colorée. Ses boutons sont en bois de coco ou en nacre. Ses motifs sont variés, avec une prédominance pour les décorations végétales, les vues de plage, les cocotiers ou les animaux marins.

Les premiers modèles de chemise Aloha sont en coton ou en soie. Les tailleur.euse.s japonais.es d’Honolulu lui offrent ses lettres de noblesse avec la réalisation de pièces uniques, à la croisée du style américain et de l’art des tissus japonais. À leur arrivée sur l’île, les touristes se précipitent chez le chemisiste Musa-shiya pour commander une chemise sur-mesure à porter pendant leur séjour.

Avec les progrès de l’aviation civile, Hawaï devient de plus en plus accessible aux touristes américains. En 1931, Ellery Chun imagine une production à l’échelle industrielle et baptise officiellement la chemise hawaïenne d’Aloha shirt.

L’âge d’or des chemises hawaïennes Aloha

Popularisée avec le retour des militaires américains d’Hawaï et du Pacifique, la chemise hawaïenne Aloha a connu un succès grandissant après la Seconde Guerre mondiale. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, elle est largement produite aux États-Unis et profite de la nouvelle tendance pour le casual wear. Elle incarne désormais le style décontracté et le tenue de loisirs.

En 1951, c’est une véritable consécration quand le président Truman se fait photographier en couverture de Life en arborant une chemise hawaïenne ornée d’oiseaux. Trois ans plus tard, c’est le cinéma qui s’en empare. Montgomery Clift, l’acteur vedette de « From Here to Eternity » (« Tant qu’il y aura des hommes« ), crève l’écran avec son Aloha.

L’âge d’or de la chemise hawaïenne Aloha, mais aussi sa phase kitsch, se poursuit jusqu’au milieu des années 50. La rayonne avec une finition lisse et brillante remplace le coton et la soie, et les motifs rivalisent d’exubérance – on parle d’imprimés “chop suey” en raison du mélanges de formes et d’artefacts dans les designs. Le chemise Aloha est désormais un indispensable des week-ends américains.

En 1959, elle est encore à la Une lorsque le Territoire d’Hawaï devient le 50e état des États-Unis. L’entrepreneur Alfred Shaheen profite de l’état de grâce pour monter son affaire de confection de chemises hawaïennes. Ses modèles deviennent rapidement le symbole de la mode tiki qui se répand, avec les colliers à fleurs et le ukulélé. En 1961, c’est Elvis Presley qui incarne ce nouvel art de vivre dans le film Sous le ciel bleu de Hawaï et en couverture de l’album bande-annonce Blue Hawaii. Les créations de Shaheen sont prisées pour leurs finitions soignées, le choix des tissus et leurs motifs recherchés, comme les fameux imprimés tigres et bambous qui connaissent un grand succès.

Un regain d’intérêt

Après une décennie de succès mitigé, la chemise Aloha revient en force dans les années 80 avec le renouveau de la culture du surf et du mouvement hippie. Elle reprend des couleurs et gagne définitivement en personnalité sur les épaules de Tom Seleck dans la série Magnum. Puis, c’est à nouveau l’oubli ou plutôt la déchéance : la chemise hawaïenne est ringardisée pendant les années 90 et 2000, et devient le symbole du mauvais goût.

Aujourd’hui, la chemise hawaïenne Aloha bénéficie d’un élan d’affection sur le marché du vintage et de la reproduction. Les plus belles pièces se trouvent une fois encore chez les labels japonais avec des jeux intéressants sur les matières et les motifs, et un sens aigu du détail.

Reproductions et réinterprétations de la chemise hawaïenne Aloha

Sun Surf

Sun Surf est le spécialiste incontesté et inégalé de la reproduction de chemises hawaïennes de l’âge d’or des années 30 et 50. À la conception de ces belles et authentiques répliques : les créateurs de Buzz Rickson et de Sugar Cane. Chaque chemise Aloha signée par Sun Surf est une copie exacte de l’originale, produite une fois par an au Japon et jamais dupliquée. On retrouve chez Sun Surf l’obsession japonaise pour le sens du détail et le respect historique fidèle des originaux : authenticité et charme suranné sont au rendez-vous, avec une rayonne de la plus haute qualité et des procédés de sérigraphie répliqués avec soin.

Parmi les modèles phares : la Plantation Paradise, avec des motifs produits à Hawaï au début des années 1950 sous le label de la marque Malihini. C’est un exemple classique d’un imprimé type « Tourist » brassant les images iconiques de l’île : les Hula Girls, les soldats de la division de Schofield Barracks, le Royal Hawaiian Hotel ou encore les moulins à canne à sucre.

Un autre modèle emblématique : la reproduction limitée de la Turn to War, produite à Hawaï en 1942 en hommage aux forces armées américaines. Les motifs de guerre sont plutôt rares sur les chemises Aloha, ce qui la rend particulièrement unique avec ses images de parachutistes, de PT-Boats, de bombardiers d’attaque ou de Jeeps Bantam.

Porter Classic

Porter Classic est un autre grand nom de la confection japonaise, avec un ancrage marqué dans les savoir-faire ancestraux. Spécialisée dans la fabrique de tissus traditionnels comme le sashiko, la maison fondée en 2007 par Katsuyuki Yoshida nourrit une affection particulière pour le textile hawaïen. En témoignent ses collections Palaka, Hawaiin Denim et bien sûr sa gamme de chemises Aloha.

À la différence de Sun Surf, les designs ne sont pas la réplique de motifs originaux, mais expriment au contraire l’esprit créatif de la griffe et son goût pour le mélange entre technique séculaire et approche expérimentale. Mariage réussi pour la chemise de style hawaïen Film Noir en rayonne avec des imprimés inspirés des romans graphiques policiers, ou le modèle baptisé L’Envers des Choses composé de scénettes humoristiques.

Bru na Boinne

L’Aloha shirt étant une chemise coupée très vague, les morphologies menues apprécieront les petites tailles 00 de chez Bru na Boinne, le label créé en 1997 par Masahiro Tsuji et Naoko Tokuda. Coup de cœur pour la chemise Paradis, en mélange de rayonne et de soie, et qui rappelle les motifs floraux de l’art kimono. On est tout à fait dans l’esprit de Bru na Boinne : décontracté, coloré, frais, audacieux.

Kapital

En plus de la traditionnelle rayonne, Kapital est un des rares labels japonais à proposer des chemises hawaïennes Aloha en mélange coton et lin. Fidèle à son esprit boro et ses influences workwear, on retrouve aussi, à côté des chemises à motifs floraux, des modèles à l’indigo en patchwork, motifs bandana, sashiko, avec des imprimés wabash et même une version en denim.

Si l’on met de côté certains excès, on trouve chez Kapital de solides réinterprétations workwear, réalisées dans l’art des traditions textiles japonaises. À découvrir ou redécouvrir dans notre décryptage consacré aux techniques traditionnelles boro et sashiko chez Kapital.

Gitman Vintage

Lancée en 2008, la collection Vintage de Gitman rend hommage au riche patrimoine du label avec des réinterprétations uniques du passé, conçues et assemblées en Pennsylvanie. Leurs chemises hawaïennes Aloha sont baptisées Camp Shirts, principalement réalisées en rayonne ou en coton. On retrouve les motifs traditionnels comme les palmiers ou les tigres, mais aussi de magnifiques imprimés inspirés des thèmes japonais de la grue rouge et du mont Fuji.

orSlow

Qui mieux qu’orSlow pour reproduire les grands classiques américains d’avant les années 70 ? Le label d’Hichiro Nakatsu spécialisé dans le vintage revisité propose pour sa collection SS 2018 deux réinterprétations particulièrement intéressantes de la chemise hawaïenne Aloha, en coton Oxford, agrémentées de deux pinces aux omoplates pour un meilleur fit. Une Aloha (P46) avec des imprimés tropicaux de style abstrait et géométrique, dans les tons fauves, et un modèle monochrome (P61) avec des motifs de type surf traditionnels.

Côté vintage

Malheureusement, la grande demande pour les chemises hawaïennes Aloha à la fin des années 1950 a engendré la production de masse de chemises en polyester de mauvaise qualité dans les années 60. Il est donc difficile de trouver aujourd’hui de vraies belles pièces sur le marché vintage… Faire confiance aux bonnes adresses reste la meilleure option pour ne pas se tromper : Manu Antiques, HandpickedHawaiian (Etsy) ou encore Broadway & Sons.

Vous aimez les classiques de la culture vestimentaire américaine ? Ne manquez pas notre décryptage du sweatshirt, emblème du sportwear vintage.

3 Comments

  1. Bonjour
    Très instructif article sur la chemise hawaïenne,félicitations pour votre connaissance et l histoire des pionniers de la Aloha shirt
    Wonderfull

    • Bonjour Rachid,
      Merci pour ton message.
      Alors, toi aussi, tu as eu un coup de coeur pour les chemises Aloha ? Tu as trouvé la perle rare ? Il y a vraiment une vraie rencontre qui se fait avec ce type de pièce.
      À très vite !

  2. Bonjour Demian
    Il est intéressant de constater aujourd’hui que beaucoup de vêtement populaire ont une origine workwear
    La chemise hawaïenne
    Le denim le chino etc…
    L art vestimentaire est une lente adaptation
    Qui allie l utile et l agréable
    La chemise Aloha en est le meilleur exemple
    A bientôt

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *