Fripes et surplus vintage : de Jinji à Concrete Matter

Souvenir jacket

Abhras part à la rencontre des amoureuxSES du vintage et de ces fripes dont on ne songe pas toujours au potentiel créatif ou à la nature slowear.

Des labels qui puisent leur inspiration dans des archives sartoriales et notamment militaires, il y en a légion. On a récemment opposé Stone Island et son orientation très « mode », Engineered Garments et son approche technicienne métissée, The Real McCoy’s et son obsession pour la réplique améliorée.

Soient autant de manières à chaque fois bien distinctes de penser le vêtement vintage. Mais qu’en est-il de l’archive elle-même ? Comment peut-elle aussi harmonieusement trouver sa place dans le dressing duDELA particulierE ? Ou simplement dans ses habitudes de consommation ?

Ici on ne s’interrogera pas sur ce qu’on peut trouver dans l’univers des fripes et de la seconde main, comme le fait très bien cet auteur. On opèrera une réflexion plus globale sur différents aspects comme :

  • L’intérêt purement sartorial d’élaborer une curation dans ce domaine ;
  • Le plaisir de customiser le vêtement chiné ;
  • La dimension écologique qu’une telle démarche représente.

Jinji comme porte d’entrée vers le vintage authentique

Sur Abhras, on adore les eshops qui affichent une sélection à l’esprit vintage et consacrée à des univers sartoriaux héritage, military et japanese workstreet. Frans Boone Store, The Bureau Belfast, Kafka, Blue In Green, mais encore, intégrant le womenswear de qualité, Envoy of Belfast, Dick’s Edimbourg, Epistome of Edimbourg, Mill Mercantile… Mais aucune de ces boutiques ne propose jamais de fripes ou de surplus d’époque ; on reste toujours cantonné au vêtement neuf, fût-il fabriqué à la main ou sur une ancienne machine à tisser ou à tricoter.

C’est dans ce paysage qu’une boutique comme Jinji se démarque un peu dans le rapport entretenu au garment vintage. Sans être le moins du monde un shop dédié aux fripes, l’établissement parisien est si bien ancré dans l’esprit des cultures nippo-américaines qu’il semble simplement chiner là où la qualité et l’authenticité se trouvent, à savoir aussi bien dans des labels contemporains pointus que dans des reproductions sans branding, accessoires d’époque ou surplus.

On trouvera notamment des vestes militaires, sous forme de répliques ou bien carrément comme surplus. La jungle/tropical jacket de 1964 est notre pièce coup de cœur : son fit se prête relativement bien aux attentes de maintenant, et sa matière, une popeline légère, s’adapte parfaitement à la mi-saison chaude et à l’été. Elle existe avec ou sans patches, et la possibilité est ouverte de la personnaliser à souhait : Jinji dispose à cette fin d’une riche collection de patches d’époque.

Car chiner (des fripes et du vintage) rime parfois avec customiser, et cette dimension n’a pas échappé à Julien. Une pratique qui n’est pas seulement une manière de singulariser sa mise, mais aussi parfois un moyen de la démilitariser, comme l’ont fait les contre-cultures et personnalités diverses qui se sont emparées de la série des « Models » de l’US army : Hippies, Mods, ou encore De Niro et Woody Allen ! Cela peut passer par l’ajout d’emblèmes, de pin’s, ou simplement par le fait de remplacer les boutons – ce qui est déjà en soi une façon de mettre à mal le camouflage initial.

Les fripes entre démarche slowear et source d’inspiration

Des fripes, on en trouve dans des grandes villes comme Paris ou Amsterdam, et un peu partout aux Pays-Bas. Déambulez dans les rues amstellodamoises, au départ de la Haarlemmerdijk et en remontant les canaux un à un, et vous tomberez sans difficulté sur au moins deux ou trois friperies sur votre route. Certaines s’avèreront de véritables fourre-touts, tandis que d’autres se montreront plus sélectives et structurées.

Quand on songe au fait que l’industrie du textile brasse actuellement plus d’argent que l’industrie automobile ou l’aéronautique, on se dit que la démarche qui consiste à chiner en friperie a au moins quelque chose d’éthique. Et quand on parvient à remonter le fil du temps juste avant les Trente Glorieuses, là on a en plus le plaisir de se dire qu’on fait une véritable affaire. Pour peu que la pièce nous aille et/ou qu’on n’ait pas peur de faire appel à un service de retouche.

On l’a déjà dit, quand on plonge dans cette belle époque où le vêtement était chose bien faite, intemporel et plus souvent designé au service de la fonction que du style, on trouve facilement matière à inspiration. C’est cette réalité qu’un expert du vintage comme Gauthier Borsarello essaie de faire partager avec les « professionnels de la mode » : son showroom Vintage for Fashion regorge de pièces mûrement sélectionnées qu’il chine aux quatre coins du monde et destine, à l’achat ou à la location, aux personnes désireuses de (re-)booster leur créativité.

Hélas, Vintage for fashion n’est pas une boutique à proprement parler, encore moins un eshop. LeLA particulierE amateurRICE de fripes haut de gamme devra alors se tourner vers des sites spécialisés dans le domaine. Abhras en a déniché deux de très belle qualité :

  • Mon bleu, qui est un shop exclusivement consacré au workwear français et aux bleus de chauffe ;
  • Rospo Indigo, qui intègre beaucoup d’éléments de la culture japonaise (shibori scarf, un peu de boro…), du workwear et quelques pièces de la marine.

Des stores qui surfent entre pièces neuves et vintage

Il y a enfin les hybrides, qui, tout en restant dans l’univers du vintage et des fripes dûment sélectionnées, intègrent aussi de la nouveauté. Voire retapent de l’ancien avec du neuf ! Dans cette catégorie, on trouve notamment Kiriko, un label en propre originaire de Portland qui propose des pièces contemporaines tout en disposant aussi d’une riche et belle curation d’authentic japanese garments.

Dans la première catégorie se retrouveront par exemple des chemises sashiko, des tees avec col triple stitch, des patchwork scarfs ou encore des jeans selvedge avec un cuff liner à motif asanoha. Dans l’autre, des kimonos, des noragis ou encore des produits vintage qui ont été customisés dans l’esprit de l’art boro. Kiriko va même jusqu’à vendre de façon séparée les patches en question afin de permettre à quiconque de transformer ses vêtements à sa guise.

La ville de Portland dans l’Oregon est un véritable berceau du workwear nippon et américain. Y sont notamment implantés Tanner Goods, Snow Peak, Older Brother, Dehen 1920, ainsi que des labels à destination du womenswear comme, outre Kiriko, Bridge and Burn. Une collaboration entre les deux maisons a même été officialisée.

On en vient finalement à Concrete Matter, un shop typiquement néerlandais qui s’illustre à travers deux boutiques à Amsterdam. La première, implantée à Haarlem, est un authentique concept store auquel Démian a consacré quelques lignes sur le Club des douze. La seconde, qui a ouvert il y a peu, propose une sélection de garments et d’accessoires workwear et militarywear, outre les gears habituels et propres à l’univers de la boutique-mère (jeu de dés et de cartes, matériel à cocktail, livres outdoor…).

Vêtements neufs côtoient vêtements d’époque à travers un fil continu : les premières sont pour la plupart des répliques signées Pike Brothers, tandis que les fripes vont du workwear français au militaria du monde entier. Des jackets en alpenflage, des field shirts de l’armée suédoise, des vestes de prisonnier, des flight jackets US… Une splendide fishtail M-51 joliment retouchée est même actuellement en exposition ! Côté nouveauté, on trouve encore quelques pièces Levi’s Vintage Clothing, du Merz b Schwanen… sans oublier les sacs à dos Atelier de l’armée, une autre initiative amstellodamoise.

Autrefois, le label Atelier de l’armée disposait, à même son eshop, de sa propre curation de pièces vintage, elle-même très hétérogène et non exclusivement centrée sur l’US army. Il nous a semblé reconnaître dans la boutique physique certains des items de cette dernière, notamment un sac de l’armée suisse et le bleu de chauffe bleached dont nous parlions ci-dessus. Comme si le label néerlandais avait cédé une partie de sa collection à Concrete Matter

Envie d’en savoir plus sur l’univers de la reproduction vintage ou sur la slowear attitude ? Découvrez notre décryptage de The Real McCoy’s ou partez à la rencontre des labels contemporains qui ont fait le choix d’adopter une démarche écologique.

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