Le sweat, emblème du sporstwear vintage

Le sweat, emblème du sporstwear vintage

Depuis sa création, le sweat a connu quelques déclinaisons, tant au niveau de ses features que de son tricot. Abhras propose son décryptage de l’un des basiques les plus intemporels qui soient.

Ce qu’on aime sur Abhras, ce sont toutes ces pièces qui ont prioritairement été pensées pour la fonction, dotées d’un design simple et efficace, d’une matière durable et de finitions impeccables. À l’instar d’une M-59 et d’une A-2, ou à l’image du vestiaire d’orSlow. L’intérêt purement stylistique s’efface pour laisser s’exprimer le confort et la beauté dans sa simplicité la plus brute. Telle est un peu notre vision du vêtement basique et intemporel.

Or quel exemple plus frappant que le sweatshirt pour illustrer cette catégorie d’indémodables ! Au fond, même la mode contemporaine n’a, selon nous, pas trop cherché à en modifier l’esthétique ou la praticité, sauf à lui ajouter des logos et des sérigraphies – peu intéressantes, la plupart du temps. Le sweat garde toujours quelque part son essence de vêtements à vivre et à enfiler sans trop se poser de questions.

Les origines : Champion et Russell Athletic

La naissance du sweatshirt se situe dans les années 20 et se trouve être le fruit d’une nécessité : tenir chaud avant et après un effort physique en extérieur. Jusqu’alors, les sportif.ve.s faisaient usage du chandail en laine vierge, un genre de pièce qui a rapidement montré ses limites : par son poids trop élevé, sa texture irritante, son séchage laborieux et sa faible résistance à l’abrasion.

Wool sweater vintage

La paternité du sweatshirt revient à deux sociétés qui ont officié à la même époque. Il est actuellement difficile de déterminer laquelle, la première, inventa la pièce.

L’une est la Russell Manufacturing Company, devenue par après Russell Athletic. C’est Benjamin Junior Russell, joueur de football de l’université d’Alabama et héritier d’une entreprise familiale alors productrice de sous-vêtements, qui suggéra à son père de créer une pièce sans col et conçue dans un jersey de coton d’un genre très particulier : le molleton, une maille qui présente sur l’envers de fines boucles, brossées ou non. Une texture idéale pour évacuer rapidement l’humidité du corps, comme s’il était entouré d’un essuie de bain.

L'un des premiers sweats de l'histoire

L’autre société est la Knickerbocker Knitting Company des frères Abe et Bill Fainbloom (à ne pas confondre avec le label éponyme), dont le nom évoluera en Champion Knitting Mills à partir des années 30. Créée en 1919, celle-ci met au point un genre de molleton de coton qui évite le shrinkage et le rétrécissement vertical : le reverse weave® qui se reconnaît à son « envers oblique », la maille étant tricotée sur le côté plutôt qu’à la verticale. Champion invente aussi le fameux hoodie, ou hooded sweat, réservé au départ aux joueurs remplaçants.

À cette époque et jusque dans les années 60, le sweat est exclusivement un vêtement à vocation sportive : il entre aussi bien dans la composition de l’uniforme des équipes de football universitaires que dans celle de la tenue d’entraînement des militaires US. Et c’est Champion qui a pleinement contribué à son intégration dans le vestiaire preppy : en systématisant le procédé de flocage, le label a ouvert la possibilité d’y imprimer un logo, des couleurs, des sérigraphies… sans devoir passer par la broderie, plus laborieuse et coûteuse.

La pièce sortira finalement du cadre estudiantin et sportif au cours des sixties et se popularisera grâce à des personnalités comme Paul Newman, Steve McQueen, JFK… ou encore avec des athlètes médiatisés comme Mohammed Ali. Elle enregistrera une petite perte de vitesse dans la décennie qui suit avant de servir de pièce phare dans le Hip Hop des années 80 et 90, spécialement sous sa version à capuche. La suite, on la connaît : le sweatshirt sera récupéré par la hipe et la fast fashion culture comme l’ensemble du vestiaire streetwear.

Le sweat et ses features

Les grandes caractéristiques du sweatshirt ont pour la plupart été imaginées au cours de la première moitié du XXe siècle. Dans les années 1930, on le dote déjà de bords-côtes aux manches et à la taille pour une meilleure rétention de la chaleur. Sa déclinaison en hoodie par Champion apparaît à la même période. De même en ce qui concerne le double ou le single V, créé au départ pour préserver le stretch du col et mieux absorber la transpiration – avant de devenir dans certaines réinterprétations actuelles un pur atavisme.

On le trouve à zip ou sans, à poche kangourou ou sans, à manche longue, mi-longue ou courte… Quant à sa coupe, elle est traditionnellement boxy : assez courte et large. La ligne d’épaule classique casse au niveau de la tête de l’humérus ; néanmoins, chez Levi’s, on trouve aussi, toujours à la même époque, une structure en saddle sleeve, dont la ligne se dessine parallèlement à l’épaule : c’est le fameux sweatshirt Bay Meadows, aujourd’hui reproduit au sein de la ligne vintage du label.

Puis, au cours des fifties, s’impose le raglan ou freedom sleeve : le sweat emblématique et cool est né ! On notera enfin que le col de la toute grande majorité des modèles sans capuche est rond ou crewneck. Seuls quelques items à col roulé ont été produits dans les années 20, à l’image du chandail en laine utilisé dans le football américain.

Une histoire de molletons

Il n’est pas facile de s’y retrouver dans les différents tricots des sweats… D’après ce qu’on a pu comprendre, la plupart des pièces produites avant 1950 sont construites dans un loopwheel tubulaire – afin d’éviter tout frottement dû aux coutures latérales. Autrement, la matière utilisée est le reverse weave de Champion dont on a parlé plus haut. Par après, les sweats seront conçus dans un loopback, tubulaire ou non, au départ de machines au rendement beaucoup plus rapide.

Les loopwheelers auraient été inventées par un italien, Guiseppe Negra, en 1926. Les quelque 200 machines actuellement disponibles dans le monde seraient réparties entre la préfecture japonaise de Wakayama et la manufacture allemande de Merz b. Schwanen.

Qu’il soit loopwheel, reverse weave ou loopback, le molleton utilisé peut recevoir deux finitions :

  • Une finition french terry avec grammage léger, dont les boucles intérieures restent intactes : c’est le molleton idéal pour l’été, doté de bonnes propriétés absorbantes ;
  • Une finition fleece ou polaire avec grammage plus dense, dont les boucles intérieures ont été brossées : c’est le molleton qu’on utilisera volontiers pour la mi-saison et l’hiver.

Le molleton peut également se distinguer par son aspect lâche ou serré. Dans les cas où la matière est la plus serrée, on équipera parfois le sweatshirt d’une bande latérale stretch, pour un confort maximum. On ignore cependant de quand date ce type de pièce ultra-pratique pour le sport ni au fond à quelle culture il appartient. On en a trouvé une superbe représentation chez Remi Relief.

Vers quels labels se tourner pour un sweatshirt de qualité ?

Outre les labels cités dans l’article comme The Real McCoy’s, orSlow, Levi’s Vintage Clothing, Riding High, Velva Sheen, Engineered Garments, Merz b. Schwanen et Remi Relief, on ajoutera Buzz Rickson, Shuttle Notes, Warehouse, Battenwear, Studio d’Artisan et Orgueil, National Athletics Goods, Lady White Co… En revanche, les féru.e.s de vintage devront s’armer de patience avant de tomber sur quoi que ce soit de mettable. Sauf bien entendu si l’on a à l’esprit le « vintage années 90 » des sweats Champion !

Envie d’élaborer un dressing sportswear d’inspiration vintage ou contemporaine ? Relisez donc notre article consacré aux sweatpants

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