Les intemporels vintage de l’armée soviétique

Telogreyka

Abhras est parti à la recherche des intemporels de l’armée soviétique. Petit tour d’horizon au pays des telogreykas, des gymnasterkas et autres telnyashkas.

Comme dans notre article dédié aux incontournables de l’armée suédoise, nous avons pris soin de sélectionner les pièces qui illustrent au mieux notre vision du vêtement intemporel : confortable, doté d’un design au service de la fonction, beau en vertu de sa simplicité. Exeunt donc les uniformes du colonel Moutarde, les coverall suits ou tout produit à usage exclusivement hipster et instagrammeur. Abhras se pense avant tout comme un média centré sur le satorial, non sur l’histoire militaire ou la hipe, même à connotation vintage.

On confond souvent l’armée soviétique avec l’armée russe. Il est bon de rappeler qu’avant la chute du Mur de Berlin, la Russie constituait en fait la majeure partie de ce qu’on appelait l’URSS, avec 14 autres nations dont l’Arménie, l’Ukraine ou la Biélorussie. Avec son vaste territoire, son iconographie idéologiquement marquée et son climat rude, on peut constater que la soviet army possède des pièces originales et plutôt différenciantes si on les compare avec celles des armées occidentales.

D’élégantes armures contre le froid

L’armée soviétique se singularise surtout par ses telogreykas : un terme qui signifie « veste matelassée » ou « quilted jacket » en russe. Parmi les modèles disponibles, la veste la plus emblématique nous semble être la doudoune à col mao, et dont la fermeture à boutons se trouve décentrée/off-set. De la seconde guerre mondiale aux années 70, elle constituait l’uniforme de base des militaires soviétiques en contexte hivernal, assorti d’un pantalon de la même composition.

Cette telogreyka a aussi fait l’objet d’une réinterprétation, issue de la collaboration entre Rocky Mountain Featherbed et Anatomica. La pièce se rapproche de l’original sur de nombreux aspects : tout y est, la martingale, les trois poches, le col, la coupe… Seuls la couleur et le fill semblent diverger : avec une teinte apparemment plus OD que khaki pour la version verte, et des cavités nettement plus étroites.

Nous avons aussi pu dénicher d’autres vestes matelassées. Toutes ne présentent pas la même structure, mais, d’après nos informations, elles se dotent en général d’une épaisse toile de coton rembourrée d’un mélange coton-laine. La motorcycle vest, aussi utilisée par les tankistes, est une autre belle découverte, très proche de la précédente. On trouve encore divers jackets et manteaux dont seule la face intérieure est rembourrée : des officer coats notamment.

Plus chaudes encore, les parkas type bekesha sont utilisées dans les années 1970-80 par les militaires soviétiques. Ce sont des shearling assez longs et couvrants, qui ne sont pas sans rappeler la M1909 de l’armée suédoise, surtout dans sa version écrue : on retrouve un même genre de structure avec un énorme col moutonné et une fermeture off-set à boutons.

La matière de la couche extérieure et les poches constituent les grands points de divergence entre les deux modèles : full mouton retourné et poches en biais pour la version soviétique, shell en canevas de coton et poches plaquées et à rabat triplement boutonné pour la version suédoise.

Un autre genre de tulup, comme on dit en russe : les overcoats laineux, adaptés aux températures moins fraîches. Ce sont d’épais draps de laine coupés en 7/8, doublés en coton au niveau du buste et des manches, et équipés d’une martingale dans le dos. Ce type précis de manteau militaire porte aussi le nom de great- ou watch-coat, et se retrouve au fond dans la majorités des armées du monde…

Plus singulières en revanche, des flight parkas doublées en mouton et dotées d’une structure un peu à cheval entre le bomber « non mod » – dont elles ont l’aspect bombé et le large col fourrure – et la snorkel – dont elles héritent de la longueur et du caractère couvrant. On a pu en chiner deux sur Brut-Clothing : l’une dans une toile sergée et l’autre en cuir suédé.

De couleur presque lilas, avec ses cinq poches – dont la traditionnelle arm pocket – et ses deux pattes de serrage au niveau du waist, la première parka présente une matière qui semble s’être délavée comme sur une utility jacket de l’USN, douée d’une couleur marine au départ. La seconde est noire et doublée en poils de yack, et a une structure analogue à la précédente, mais sans la poche au niveau de la manche. Les deux pattes de ces manteaux rappellent encore l’univers des decks A2

D’autres pièces intéressantes peuvent être dénichées dans le vestiaire tanker. Et pas seulement dans des tons khaki, olive ou tan, aussi en bleu, comme l’illustre l’exemple ci-après, produit dans le cadre de la guerre afghane (1979-89). On retrouve toujours le même genre de doublure quilted que ci-dessus – ici amovible -, ainsi qu’une capuche et un col fourrure. De quoi affronter au moins trois saisons et de nombreux climats sans difficulté. Attention, il s’agit d’un vêtement particulièrement chaud !

La couleur dominante de tenues des troupes terrestres de l’armée soviétique semble être le khaki/tan/sand. Les BDU M69 que nous avons pu trouver illustrent bien cette couleur. La tenue M88, produite avant 1988 à la vérité, se déclinent dans d’autres tons : outre le khaki, on la trouve aussi, bien qu’en quantité moindre, en OD, en brun, en noir ou bien dans cette coloration bleu nuit.

Des summer field jackets aux incontournables marinières

Les tenues de combat d’été portent le nom de gimnasterka. Elles sont faites dans un twill de coton léger, et présentent 5 boutons ornés de l’étoile soviétique, deux poches à rabat au niveau de la taille, ainsi qu’une longueur suffisamment importante pour être portées au moyen d’une ceinture – comme sur la telogreyka d’ailleurs. Cette dernière particularité n’est pas sans évoquer les jungle fatigues de l’US army, plutôt longues et où se dessine un certain écart entre les poches supérieures et les poches inférieures.

Reconnaissables en vertu de leur logo caractéristique, les tankers d’été de l’armée soviétique présentent également un design intemporel et facilement portable à notre époque. Elles sont toujours faites d’une toile sergée robuste et de deux grandes poches à rabat pointu situées au bas de la poitrine – feature assez singularisante. Et toujours dans différentes couleurs, de la classique sand au noir.

On en vient à présent aux fameuses marinières, aussi connues sous le nom de telnyashka. Des produits qui jouissent d’une certaine longévité puisque, datant de l’empire russe, elles on été prisées par l’armée soviétique avant d’être récupérées par l’armée russe actuelle. On les trouve en navy, en hydrone, en rouge, en vert, avec ou sans manche. Et dans un jersey de coton assez nerveux et de très belle qualité.

Les deux camos caractéristiques de l’armée soviétique

Sur Abhras, on s’est toujours montré un peu frileux à l’idée de porter du camo. Le côté militaire très premier degré sans doute, ou son aspect sociologiquement marqué. Toujours est-il qu’on a découvert des patterns soviétiques qui nous ont interpelés à la fois par leur simplicité et leur exclusivité : un beryezka, ou « bouleau », à la note vert sombre utilisé pour l’uniforme KZS, et un autre d’usage sur le KLMK suit et à la teinte plus lumineuse.

Faute de sources – les ouvrages de Borsarello sont rares, et plus encore le DPM book de Maharishi, vendu à prix d’or -, on ne sait pas trop à quelle famille se rattachent ces camos. Ils rappellent un peu les modèles à dominante feuillue, à l’instar du pattern Mitchell par exemple. D’autres camos sont utilisés par l’armée soviétique, mais ceux que nous avons sélectionnés nous semblent être les plus singuliers et dignes d’être évoqués.

Un pyjama et quelques accessoires « utiles et beaux » pour terminer

D’après notre expérience, il n’est pas simple de chiner des pyjamas militaires d’époque. Plus difficile même que tout ce qui est underwear type henley, thermal ou undershirt – pour lequel on prépare un article ! -, ou union suit. Malgré ce constat, on a pu dénicher un joli modèle produit par l’armée soviétique, réalisé, non dans une maille, mais dans une toile de coton blanche. Le haut est un henley, le bas un pantalon à double boutonnage et à la coupe carotte.

Chose étonnante, on est tombé sur une artisane française qui réalise, à la main et sur-mesure, une réplique de ce fameux pyjama – ainsi que d’un modèle de gymnasterka pour hommes et femmes datant de 1943.

Au niveau des accessoires, on retiendra deux éléments :

  • Le rucksack M39, en coton de canevas, et décliné dans une autre version – à sangles latérales (« veshmeshok« ) et avec poche centrale.
  • Et l’incontournable chapka, aussi appelée ushanka, certes très connotée soviétique, mais ô combien pratique par temps froid grâce à sa fourrure – en général de lapin, parfois en renard ou en mouton pour les modèles « luxe ».

Sur notre média, on reste prudent sur l’usage des pièces et des accessoires « forts ». Si l’ushanka figure parmi les produits que nous recommandons, c’est bien parce qu’elle demeure, dans certains climats, difficilement contournable sur le plan fonctionnel – en plus d’être une jolie pièce, somme toute simple à porter.

On ne le répètera jamais assez : esthétique et fonction font partie de nos grandes valeurs sartoriales, et nous tâcherons toujours de définir le vêtement intemporel par ce biais et de nous limiter à un cadre qui évite l’hipsterisation. Ce qui arriverait si, par exemple, on en venait à préconiser le port d’une M70 de l’armée suisse pour un usage ni militaire ni baroudeur – avec ses très nombreuses poches, ses mousquetons et son poids conséquent.

Où se procurer des pièces de l’armée soviétique ?

Pour l’instant, Ebay et Etsy restent les plateformes les plus sûres pour dénicher l’un ou l’autre item, et son prix sera souvent dérisoire. On constate d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, cette armée n’intéresse pas grand monde dans notre domaine. Ne regorge-t-elle pourtant pas de petites perles sartoriales, même en ne retenant que les quilted jackets, les flight parkas et les marinières ?

Bien sûr, si le vêtement soviétique se mettait à être prisé par les curateur.rice.s que nous sommes, l’offre augmenterait en même temps que les prix et la demande. C’est pourquoi il est bon d’avoir à l’esprit l’existence de certains eshops de surplus militaires, qui vendent ce genre de pièces à un prix lui aussi très bas : on avait cité Beredskapsboden dans notre article dédié à la très plébiscitée swedish army, on évoquera Varusteleka pour le sujet qui nous concerne aujourd’hui.

Les intemporels militaires vous intéressent ? Allez donc faire un tour sur nos colonnes consacrées aux bombers et aux surchemises de l’US Army, ou encore aux uniformes HBT des WAC.

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