De la surchemise militaire M41 aux US light jackets

Idéale pour faire du layering, la surchemise militaire est un intemporel de plus en plus prisé ces derniers temps. Elle trouve aussi son utilité pour la période estivale, aux côtés de nombreux blousons légers des armées US et du monde entier.

Dans la lignée de notre article sur les blazers casual et autres work jackets, on relèvera d’abord quelques modèles de field shirts pouvant se substituer facilement au blazer et/ou servir de mid-layer. On pense notamment aux types HBT et CPO, ainsi qu’aux utility shirts de la guerre du Vietnam.

Dans un second temps, on s’intéressera à l’outerwear militaire d’été, avec les célèbres jungle jackets, quelques chemical protective jackets ou l’une ou l’autre flight ou field jacket légère.

La surchemise militaire selon l’US Army

Les HBT shirts

La HerringBone Twill shirt est sans doute l’exemple de surchemise militaire qui vient en premier à l’esprit. Produite au cours de la seconde guerre mondiale, elle se décline en plusieurs versions et se caractérise par sa matière bien sûr, par sa fermeture au poignet à un bouton, ainsi que par ses boutons métalliques : à 13 étoiles dans l’armée de terre, à couronne de laurier dans la Navy ou encore frappé du sceau de l’USMC lorsqu’elle intègre le corps des Marines. Originellement affectée pour les corvées, elle constitue rapidement la tenue de base du soldat américain, assortie d’un pantalon de même matière.

L’uniforme de corvée traditionnel de l’armée américaine intègre le tissu HBT en 1938, en remplacement d’une toile denim jugée peu pratique et lourde. D’abord teinté en bleu, il est finalement produit en olive drab (OD) à partir de 1941. Ça n’est qu’à partir de 1952 que l’US Army abandonne le HBT au profit du OG107 sateen cotton, d’une épaisseur de 8,5 oz.

La HBT 1st pattern apparaît en 1941. Elle se distingue principalement par ses deux flap pockets à angle coupé et à soufflet central, et par son double boutonnage au niveau du waistband. Traits qu’on ne retrouvera pas dans le modèle suivant, produit en 1942 : cette fois, les poches sont cargo – avec soufflet central ou latéral -, et la gorge constituée de 6 boutons seulement.

Le troisième modèle, datant de 1943, est identique au précédent, à ceci près qu’il se dote d’un vert plus sombre (OD#7). Selon les versions, les 2nd et 3rd pattern disposent, ou non, d’un gas flap, une large bande de tissu venant obstruer la gorge en guise de protection contre d’éventuelles gouttelettes de gaz toxique.

Un quatrième modèle a aussi été imaginé, constitué de simples poches à rabat sans soufflet : cette fois, c’est l’angle de ces mêmes poches qui a été coupé, à défaut du rabat comme sur la première version. On le retrouvera jusqu’au début de la guerre de Corée, sous une forme ou l’autre. De nos jours, le label orSlow propose ses propres versions de la célèbre surchemise militaire : par exemple dans un « green used » tout droit sorti des livres d’histoire ou bien dans une couleur camel inattendue.

Si l’US Army fascine pour la diversité de ses uniformes, on ne doit certainement pas pour autant dénigrer le « potentiel sartorial » du vestiaire des autres armées. Sur Abhras, notre coup de cœur porte sur un modèle de surchemise militaire HBT de la dutch army. Elle aurait été produite dans les années 50 et, détail différenciant, elle se pare de pattes à l’épaule.

Des exemples de surchemise militaire en flanelle de laine – souvent mélangé avec du nylon pour augmenter la résistance à l’abrasion – existent aussi. Datant de la guerre de Corée, on en trouve notamment dotées de boutons en plastique et de poches dont l’angle du rabat et du sac est coupé. Ce ne sont plus, techniquement, des HBT, mais des shirts qui, remplissant les mêmes fonctions, ont été adaptées pour des climats plus rudes.

Les utility shirts

Au cours de la guerre du Vietnam naît l’autre grand type de surchemise militaire : l’utility shirt en sateen. Le blog des Indispensables Paris leur a consacré un article qui résume bien les spécificités de chaque pattern :

  • Des boutons en plastique pour toutes (boutons concaves à partir de la type II) ;
  • Pas de fermeture au poignet, des pinces latérales sur le devant et des flap pockets à bord coupé au niveau du sac pour la type I (début 60’s) ;
  • Des soufflets à l’épaule et des poches à bord coupé au niveau du sac et du rabat pour la type II (1963) ;
  • Une fermeture au poignet avec fente et des poches en pointe au niveau du sac et du rabat pour la type III (1964).

Les CPO shirts

Mais qui dit surchemise militaire dit aussi… CPO wool shirt évidemment ! Le grand classique de l’USN, avec sa flanelle en 100% laine, ses anchor buttons, ses poches à rabat pointu, son hirondelle de renfort… « CPO » signifie Chief Petty Officer, ce qui correspond au grade de premier maître dans la Navy. La chemise est introduite en 1939, constituée d’une seule poche poitrine, orientée à gauche ; la version suivante, produite vers le milieu des années 40, inclut une seconde poche.

La pièce a connu un grand succès, et de nombreux labels workwear d’époque se la sont accaparés, comme J.C. Penney – aka PayDay -, Sears and Roebuck – aka Hercules – et bien d’autres. Entretemps, l’armée a continué à produire la type II jusque tard ; il n’est d’ailleurs pas rarissime d’en trouver datant des années 60 en friperies. Quant aux labels actuels, ils sont bien entendu légion à s’en être emparés, que ça soit dans un esprit créateur ou bien pour la reproduction.

Les summer jackets de l’US Army

Les HBT jackets

À la même époque, l’USMC a développé ses propres vêtements HBT, non pas en mode surchemise militaire, mais plutôt en mode jacket légère ou mid-layer. Tout commence avec la P-41, reconnaissable à ses quatre boutons, à ses deux poches latérales plaquées et à sa petite poche poitrine estampillée du logo des Marines. Si le col est chemise, la structure générale de la pièce s’apparente déjà plus à l’image qu’on se fait du blazer.

L’autre grande HBT jacket est la P-44. Avec un design déjà plus overshirt que le modèle précédent, elle dispose de 6 boutons, d’une poche poitrine à rabat et de deux hidden pockets recouvrant toute la poitrine. Poches dont l’ouverture se situe parallèlement à la gorge, détail étonnant ! Le label anglais Realm & Empire a réinterprété ce modèle en le dotant de deux poches plaquées à hauteur des hanches.

Nous avons aussi chiné chez Concrete Matter une jacket du corps des Marines de l’armée néerlandaise. En service à partir des années 60 et jusqu’en 1975 selon nos informations, pour une matière qui n’est cependant pas du sateen, mais bien du HBT. En termes de sourcing, la Dutch Army n’a donc pas connu les mêmes évolutions que l’US Army. Avec ses quatre poches à rabat et ses 5 boutons, elle se rapproche davantage, comme la P-41, du blazer léger.

Les jungle fatigues

Plus éloignée encore du design de la surchemise militaire, la jungle fatigue ou tropical jacket est l’exemple même du petit blouson d’été facile à enfiler, avec sa matière légère, sa coupe assez fittée, sa structure type blazer et ses quatre poches cargo dont les deux poitrine en biais. On en parlait déjà dans notre article dédié à orSlow, qui a reproduit une type III en ripstop. Les différences entre les modèles sont les suivantes :

  • La type I (1963) est en popeline de coton OG107 (5,5oz) et dispose de pattes à l’épaule et à la taille, d’un gas flap et de boutons apparents au niveau des poches ;
  • La type II (1964) est aussi en popeline de coton OG107 (6oz), dispose pareillement de pattes à l’épaule et à la taille, d’un gas flap, mais se différencie par ses boutons de poche, cachés sous le rabat ;
  • La type III se trouve en popeline de coton (1967-68) ou en ripstop (1968-69) dans une couleur OG107 ou avec motif camo, ne dispose ni des pattes à l’épaule et à la taille, ni du gas flap, et possède les mêmes poches à boutons cachés que sur la type II.

Les différentes versions camo de la 3rd pattern entrent dans la famille des woodland. Selon la région du Vietnam où opèrent les troupes, deux grandes versions sont d’usage, produites par l’ERDL (« Engineer Research & Development Laboratories ») : l’une à dominante brune dite Highland ou brown leaf, l’autre à dominante verte dite Lowland ou green leaf. On considère ces motifs comme les ancêtres du plus célèbre des camos woodland : le fameux M81, qu’on retrouvera notamment sur les M-65 en service dans les années 80, dans un mélange coton/nylon.

Summer flight, chemical protective et autres field jackets légères

Bien d’autres vestes d’été fournissent le dressing de l’armée américaine. Des flight jackets sans liner, des shooting jackets patchés aux endroits stratégiques, des chemical protective avec gas flap, ou encore les célèbres tiger shirts, qui ont quant à elles bénéficié d’un sourcing local et non étasunien. Et si on se tourne vers les autres armées, l’offre devient carrément pléthorique – en surchemise militaire aussi d’ailleurs.

Il y a aussi les field jackets sans doublure comme celles qui habillent les soldats œuvrant dans des climats chauds. C’est notamment le cas d’une méconnue de l’US Army : la M-42, aussi appelée paratrooper jacket, en service lors des opérations de la 82nd et de la 101st Airbone en Italie et dans le Maghreb. On la reconnaît à son tissu en twill léger, à ses renforts aux coudes, à sa martingale et à ses poches inférieures gansées. Sa coupe et sa structure rappellent un peu celles des jungle fatigues…

Au sein des armées européennes, on a déniché deux jolis modèles de field jackets légères. La première est en service au cours de la guerre d’Algérie, avec sa coupe très cintrée et son motif propre, et précède une french military history de M-64, de F-1 et de F-2 qui n’a sans doute pas grand chose à envier à l’US Army. L’autre est une version été de la field suédoise M-59, sans doublure ni back pockets.

Où chiner de la surchemise militaire et de l’army light jacket ?

Outre la repro, sur les habituels Brut Clothing, Broadway and sons, Concrete Matter, Second Sunrise… On commence à bien les connaître ! L’italien The quartermaster propose aussi une belle sélection de pièces d’époque pas si faciles à trouver, dont des « MA2 » et leurs liners, des blankets, quelques field jackets des armées italienne, anglaise et française, etc.

Si les curateurRICEs du vintage fournissent toujours quelques informations à propos de leurs produits, notre article n’aurait jamais pu paraître sans l’apport de nombreux blogs et forums spécialisés dans le militaria. On citera notamment Olive Drab, Ouest Collection, US Militaria, History Preservation et Moore Militaria.

Envie de vous faire la main avec une light military jacket issue d’un label contemporain ? Partez à la rencontre de Workers, une griffe japonaise spécialisée dans la réinterprétation des icônes workwear et militarywear du XXe siècle.

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