The Real McCoy’s ou la cristallisation du vestiaire américain vintage

Véritable hapax dans l’histoire sartoriale, The Real McCoy’s reproduit, en les améliorant, les vêtements américains les plus mythiques du XXe siècle.

Le label est l’œuvre de Hitoshi Tsujimoto, un passionné de vêtements vintage qui s’est révélé au cours d’un long voyage aux États-Unis effectué dans sa jeunesse. De son périple, il ramènera jeans, sweats et jackets en tout genre dans la perspective de les revendre au pays. Mais c’est dans le courant des années 1980 que la « carrière sartoriale » de Tsujimoto débute véritablement, lorsqu’il ouvre une petite boutique de vêtements vintage à Amerika-mura.

Amerika-mura アメリカ村 – « Anemura » pour les autochtones – est un célèbre quartier de la ville d’Osaka entièrement dédié à la pop culture – pop étasunienne, occidentale…, mais finalement surtout japonaise, à voir comment le pays s’est globalement réapproprié la street knowledge. C’est là que l’on trouvera, par exemple, les boutiques sartoriales les plus vintage, aussi bien que les musiques les plus branchées. Des surplus militaires les plus divers à… Nujabes !

De là naîtra progressivement le label The Real McCoy’s, syntagme signifiant « the genuine article or thing » : le but du créateur étant d’élaborer le vestiaire américain qui soit à la fois le plus exhaustif, le plus authentique et le plus haut de gamme possible, sans le moindre compromis. On peut alors parler de véritables répliques, voire même de répliques améliorées. L’occasion de construire un dressing des plus intemporels qui soient puisque constitué de pièces, pour la plupart, historiquement au service de la fonction.

Des répliques urbanwear et militarywear ultra-pointues

Dans le décryptage que nous lui avons consacré, nous opposions Engineered Garments à Stone Island en ce que la première revisite certains vêtements vintage en les urbanisant, là où la seconde leur donne systématiquement une orientation très « créateur ». The Real McCoy’s, elle, ne touche aucunement au design original, et « se contente » d’améliorer le garment en le dotant des meilleures finitions et des matières les plus dingues. Il existe bien sûr d’autres labels spécialisés dans la reproduction vintage :

  • Alpha Industries, le célèbre fournisseur de produits à destination de l’armée américaine ;
  • Pike Brothers, où certaines mises gentlewear d’époque côtoient classiques militaires et workwear ;
  • Sans oublier Buzz Rickson’s et ses impeccables répliques de blousons US.

Mais aucune de ces maisons ne semble vraiment atteindre le niveau de maîtrise de The Real McCoy’s, qu’on table sur la qualité intrinsèque de ses produits, l’exhaustivité de son catalogue ou l’aspect niche – frisant parfois l’obsessionnel – de certaines de ses reproductions. Celles-ci se déclinent d’ailleurs en trois collections principales, toutes ancrées dans un univers sartorial essentiellement casual et urban, jamais formal et très rarement gentle :

  • La collection military, qui regroupe des pièces originales issues des trois forces armées étasuniennes, à savoir l’US Army Air Force, l’US Navy et l’US Army ;
  • La collection motorcycle, aussi nommée Buco, qui comprend, à l’exception du casque, tout le matériel vestimentaire nécessaire pour rouler avec élégance à bord d’une splendide custom américaine ou nippone ;
  • La collection work et sportswear, dite Joe McCoy, qui se définit par ses nombreux denims, ses sweats loopwheel, ses casual shirts ou encore ses boots, le tout aussi bien issu de l’univers des métiers que de celui de la Ivy League.

The Real McCoy’s leather : le horsehide

Si, dans les cultures fashion en général, le blouson en agneau plongé représente encore la quintessence de la leather jacket, on conviendra que, si belle, douce et souple soit-elle, une telle matière reste cantonnée à un certain usage. Par exemple, elle craindra volontiers coups et pluie, voire même une main un peu moite ! La « faute » à son finissage aniline, à sa faible épaisseur et à un tannage – au chrome – qui table sur un main douce tout en ne laissant apparaître que peu d’irrégularités. Bref, le genre de produit parfait qui cadre assez mal avec le monde des bikerEUSEs étasunienNEs.

Dans l’Amérique traditionnelle, et donc logiquement au Japon, tout ce qui est horsehide, cowhide, steerhide… lui seront largement préférés. Des cuirs, émanant généralement du géant Horween, connus pour leur durabilité-solidité-épaisseur. Reconnaissable par son aspect brillant, le horsehide est sans doute la plus rigide des trois peaux ; c’est pourquoi, comme le rappelle cet article passionnant, on prélèvera la partie dite horsefront (située à l’avant de l’animal) pour confectionner une jacket : moins épaisse (mais de 1.2 à 1.3mm tout de même), elle épousera plus volontiers le corps, tout en conservant une certaine rigidité qui s’affinera au fur et à mesure des ports.

Quand on épluche le catalogue de cette année, on se rend compte que le horsehide, certifié avec tannage végétal, habille la totalité des blousons et manteaux issus des trois collections dirigées par Tsujimoto. Donc aussi bien les bombers de l’USAAF que les divers col chemise Joe McCoy ou encore les perfectos Buco. Néanmoins, on trouve aussi parfois du cuir de cerf, ou deerskin, quoiqu’uniquement sur deux down vests en 2017. Un cuir plus souple et confortable, généralement utilisé dans la ganterie, et qui se rapproche déjà plus de l’agneau.

On notera qu’au départ, Buco est un label étasunien renvoyant à la « Buegeleisen Company », une entreprise produisant des « goggles » (ou lunettes pour l’aviation et la moto), puis divers accessoires à destination des amateurRICEs de deux roues. Dans les années 1960, la société est vendue à la American Safety Equipment Corporation de New York, avant d’être investie par d’autres marchés, notamment japonais pour la production de leather jackets originales.

Le loopwheel, cette autre confection so japanese

Délaissées sous les Trente Glorieuses, les machines à tricoter par boucles génèrent typiquement le genre de tricot qui intéressera au premier plan un label comme The Real McCoy’s. En atteste une riche et belle collection de sweats et de sweat pants qui ne se cantonne pas au sportswear street ou preppy, comme c’est généralement le cas, mais qui intègre aussi le military training.

Un autre aspect qui contribue selon nous au génie de The Real McCoy’s concerne l’usage qui est fait de la sérigraphie. L’exemple du training militaire mis à part, on trouve de nombreux produits disponibles d’un côté sous une forme vierge et neutre, de l’autre sous une forme sertie de patchs et d’emblèmes divers. De quoi satisfaire pas mal de monde, en ce comprisES les amateurRICEs de vêtements vintage jusqu’au-boutistes !

Nos garments militaires coups de cœur

The Real McCoy’s compte une importante sélection de flight jackets, parmi lesquelles divers bombardiers en shearling, des blousons en cuir à col moutonné, des MA-1 avec ou sans doublure orange… On trouve même des snorkel parkas : les types N-3A et B pour les personnes férues d’histoire sartoriale militaire ! Mais là où l’on se dit que Tsujimoto pousse décidément loin sa curation, c’est lorsqu’on s’aperçoit qu’il va jusqu’à rééditer des modèles qui n’ont servi que de tests ! C’est le cas de la « B-15C test sample » que nous vous présentons ici :

« It was standard protocol for test pilots of the U.S. Air Force to be provided prototype flight jackets to assess and provide feedback about. Numerous prototypes were never actually issued to the military. As the flight jacket was considered not just as a ‘garment’ but rather ‘equipment’, this process of assessment was taken extremely seriously as it could be the deciding factor between life and death for a pilot » ©The Real McCoy’s 2017 Lightning, p. 28.

Du côté de la Navy, on trouvera de nombreuses deck jackets, dont la seabees, ainsi nommée en référence au « Construction Bataillon », qui était chargé de la construction et de l’entretien des bases et des routes navals. Mais encore des submarine jackets en laine foulée, des vestes à destination de l’aéronautique navale (avec ou sans patch), des waistcoats doublés en alpaga, des chore coats en tout genre… Sans oublier le fameux caban, disponible en deux versions :

  • L’une assez épurée et datant de la seconde Guerre Mondiale ;
  • L’autre produite en 1913 et dotée quant à elle de deux flap pockets supplémentaires et d’un fil de couture qui ressort au niveau des boutonnières et du contour des poches.

De nombreuses merveilles garnissent également la ligne US Army, dont toute la série des M (M-41, M-43, M-51, M-65…), des uniformes de combat dans divers camos, des souvenir jackets… Notre préférence va à la M-41, connue pour être la première field jacket de l’armée américaine. On se souviendra de la version urbanisée de Daiki Suzuki dans un twill de coton léger, idéal pour la mi-saison douce et l’été ; le modèle original présente quant à lui une shell épaisse en coton, est doublé en laine et dispose en outre d’une patte à l’épaule.

Où, et surtout comment, se procurer toutes ces pièces de musée ?

  • En Europe, il n’y a hélas que très peu d’eshops : on citera Superdenim, qui propose malgré tout un large choix, ou bien la boutique parisienne Jinji, qui dispose aussi de ses propres répliques et surplus – comme cette magnifique Jungle Jacket, elle-même reproduite depuis 2016 par The Real McCoy’s.
  • Sinon, il faudra se déplacer jusqu’en Angleterre à la boutique officielle londonnienne, dont l’eshop semble néanmoins contenir le même stock que Superdenim, ou bien en Suisse chez VMC Original.
  • Ou encore commander à même le site officiel et faire appel à un proxi, qui s’occupera d’acheminer votre colis jusqu’en Europe.

Et vous, aimez-vous le style urban-military-wear authentique ? Avez-vous des expériences à nous faire partager avec une pièce The Real McCoy’s ? Ou avec l’un ou l’autre vêtement vintage, pourquoi pas chiné en friperie ? N’hésitez surtout pas à vous lâcher dans les commentaires !

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2 Comments

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