Chemise popover: une histoire de demi-patte de boutonnage

La chemise popover selon Tradlands

La chemise popover ne manque pas de caractère. Pièce emblématique des années 60, elle a su imposer son style hors du temps. Histoire, sélection et lookbook.

La chemise popover, une création Ivy League signée Gant

La chemise popover est une création textile et sartoriale qui a vu le jour dans les années 60 aux États-Unis, chez un célèbre drapier de la côte est. Plus précisément à New Haven dans le Connectitut, dans les ateliers de la maison Gant, spécialiste en chemises button down et fournisseur historique du vestiaire masculin preppy de l’université voisine de Yale.

Gant est alors un des plus importants fabricants de chemises au monde. En quelques dizaines d’années, l’ancienne modeste Par-Ex Shirt Company de Brooklyn a en effet réussi a implanté son empire à l’écoute du style et des modes des élites américaines formées dans ce prestigieux établissement, membre de l’Ivy League.

En plein Oxford Color Explosion et en plein essor de la middle class, le catalogue Gant est en pleine expansion dans les années 60 et donne une place de plus en plus importante au sportwear. Les goûts changent, le mouvement hippie apporte davantage de décontraction. La ligne sartoriale des tailleurs de chez Gant explore ainsi de nouvelles couleurs, des motifs et conceptualise même un tout nouveau modèle dérivé de leur chemise de sport.

Un seul ajustement suffit alors à créer un nouveau standard: mettre un terme à la patte de boutonnage juste en dessous de la poitrine, créant ainsi une chemise à demi-patte. La chemise popover était née, littéralement la chemise à passer (pop) par le dessus (over) de la tête.

La chemise popover, à la scène comme à la ville

Durant la décennie 1955–1965, le vestiaire Ivy League de la côte est fait fureur parmi les grandes icônes du style, notamment à Holywood. Robert Redford, Clint Eastwood, James Coburn, Steve McQueen ou encore Woody Allen adoptent volontiers les codes preppy et les subliment sous les traits du cool absolu.

La chemise popover fait ainsi son entrée par la grande porte dans l’histoire du vestiaire et du style masculin. Au cinéma, ses plus grands fans sont Paul Newman, Anthony Perkins ou encore Sidney Poitier qui lui donnent ses fils de noblesse. À la trompette, c’est Miles Davis qui en fait une pièce de prédilection. Portée de manière stylée mais décontractée par temps chaud, la chemise popover côtoie les chambrays, polos, t-shirts blancs iconiques et autres button up à la scène comme à la ville.

En 1962, les nombreuses photos de Gianni Agnelli en compagnie de Jackie Kennedy sur la côte Amalfitaine dans le Sud de l’Italie alimentent les rumeurs mais aussi les commentaires stylistiques. Agnelli porte une popover blanche à trois boutons en oxford confectionnée à Ginosa par G.Inglese qui deviendra une véritable marque de fabrique et inspirera quelques gourous de style. Aujourd’hui encore, ce modèle de chemise popover ou chemise polo est parmi les plus emblématiques du tailleur des Pouilles, cousu main comme toutes les confections estampillées G.Inglese.

Trois façons de porter la chemise popover

Aujourd’hui, la popover revient en force avec quelques variations intéressantes. Pièce polyvalente qui flirte avec les codes formels et décontractés, à la fois old school et contemporaine, ni trop habillé ni pas assez: la chemise popover se porte très facilement et séduit par son caractère affirmé.

1. À L.A., la popover en mode tomboy

Historiquement composée de trois boutons, la popover selon Tradlands en ajoute quatre de plus à la demi-patte de boutonnage avec de très belles finitions. Imaginée et réalisée à Los Angeles en collaboration avec Lizzie Garret Mettler, cette popover en coton oxford est la pièce androgyne par excellence qui revisite les classiques masculins tout en intégrant des détails sartoriaux empruntés à la culture tomboy. À commencer par une coupe pratique pour un vrai vêtement à vivre, ni trop serré ni trop ample et avec une longueur permettant de “faire des choses que font les humains” comme le souligne la marque.

2. À l’anglaise, la popover façon “Into the wild”

Poche poitrine à rabat et col club boutonné, la popover signée par la maison Otterwell à Manchester ne manque pas de caractère. Légèrement plus courte que sa version originelle des années 60, elle répond parfaitement au cahier des charges du vestiaire outdoor. Disponible en chambray, oxford épais et flanelle, ce modèle de popover épouse toutes les saisons et toutes les tenues.

3. Made in Japan, la popover workwear

Confectionnée en lin brossé japonais, la chemise popover Russell II Woven de chez Norman Russell est un petit bijou confectionné à la main, avec une poche poitrine et un col officier. La demi-patte de boutonnage présente une rangé de 5 boutons en métal. Son rendu honestly crafted en fait une pièce workwear de très grande qualité.

Et vous, la popover ça vous tente? Comment la portez-vous?

4 Comments

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  3. C’est vraiment un vêtement super 🙂

    Mais malheureusement pas le plus facile à trouver… Tu aurais d’autres références et marques qui pourraient potentiellement en faire ? Je me suis lancé dedans et à part quelques trouvailles vintage c’est un peu la disette…

    Amicalement,
    Ako

    • Bonjour Ako,

      Merci pour ton message.

      C’est vrai que les popovers, c’est pas facile à trouver ! Si tu aimes le vintage, il y a de très beaux modèles classiques chez Pike Brothers comme le modèle « Miner Shirt » (1908) ou « Buccanneer » (1923). Je pense aussi aux labels japonais comme Maillot ou Loop & Weft, ou bien à l’emblématique chemise M55 de l’armée suédoise (on en parle ici : https://abhras.style/stories/vintage-armee-suedoise). Dis-nous ce que tu en penses !

      Amitiés,

      Démian

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