Frans Boone Store : un vestiaire haut de gamme complet

Abhras est parti à la rencontre de Frans Boone, le fondateur d’un multimarque de PAP haut de gamme où l’on trouve de quoi s’habiller des pieds à la tête.

Cela fait quelque temps déjà que nous suivons de très près le travail de Frans Boone. Sa boutique physique est située à Sluis, aux Pays-Bas, et rend compte d’une curation de produits et de maisons digne des plus grands multimarques du monde. Mais le Frans Boone Store, c’est aussi un eshop qui livre pour le monde entier un vestiaire complet de vêtements haut de gamme. Lors de notre visite, Frans a eu la gentillesse de bien vouloir répondre, en français, à toutes nos questions ; nous l’en remercions chaleureusement.

Une histoire qui débute sur du tailoring

C’est en 1918 que voit le jour, en tant qu’enseigne dédiée aux costumes et à l’art tailleur, la boutique physique où réside actuellement le Frans Boone Store. Tôt passionné par la chose sartoriale, Frans Boone y est engagé comme employé en 1985. Il vend à ce moment-là un tailoring de tradition plutôt italienne. Hélas, dix ans plus tard, le chiffre d’affaire de la société est au plus bas, et cette dernière ne s’en remettra pas avec son modèle entrepreneurial d’alors. Sans doute en raison de la mode des costumes oversize bas de gamme, du prêt-à-jeter et de la fast-fashion, qui prend alors toute la place et relègue progressivement les aficionadoAs du formalwear au rang d’exotiques.

C’est alors que Frans décide de reprendre les choses en main : il rachète la boutique en 1999 et décide d’élargir la gamme de produits afin de proposer le vestiaire le plus complet possible, essentiellement du menswear. Le Frans Boone Store est né, mais notre entrepreneur mettra de nombreuses années pour se faire un nom et ainsi s’offrir la possibilité de collaborer avec les plus grandes maisons du monde. D’abord au départ d’une simple boutique, puis en tant que boutique et eshop, avec l’avènement de l’Internet.

Frans nous confie d’ailleurs que l’une ne saurait fonctionner sans l’autre puisque, d’un côté, le web lui permet de vendre dans le monde entier et de s’assurer une clientèle large, et que, de l’autre, cette même clientèle, de plus en plus exigeante et avide de découvertes grâce à l’Internet, n’hésite pas à faire le déplacement jusqu’à Sluis afin de toucher les produits et de rencontrer le maître des lieux. À titre d’exemple, il n’est pas rare de voir débarquer des AllemandEs ayant fait plus de quatre heures de route rien que pour essayer des vêtements qu’yels ont découverts il y a peu sur le site…

Frans Boone, l’insatiable maniaque des matières et des savoir-faire

On peut dire que Frans Boone est au sartorialisme ce que le zythologue Michael Jackson était à la bière et au whisky : un authentique chasseur et découvreur du génie du monde. Plus encore, un véritable obsédé des matières les plus travaillées et des savoir-faire les plus nobles. Pour cela, Frans travaille énormément et prend très peu de congés. Il gère avec sa petite équipe une boutique qui tourne 7 jours sur 7, tout en prenant le temps de voyager et de partir à la rencontre des meilleures enseignes.

Il se rend régulièrement à Berlin, où il a l’occasion de s’entretenir avec de nombreuxSES créateurRICEs japonaisEs, comme ceuxCELLES d’Orgueil by Elmwoods par exemple. Mais aussi à Florence et à Milan, où la maison Caruso est établie. New York est encore à compter de ses destinations de prédilection, avec un arrêt obligatoire à la boutique d’Engineered Garments. Dernièrement, il s’est également rendu aux fashions weeks parisiennes, où il a pu apprécier les dernières collections de James Perse. Dans le même mouvement, il trouve encore le temps de s’agrandir : ce 15 avril, une boutique capsule ouvrira ses portes à Knokke, en Belgique, avec un de ses plus proches collaborateurs aux commandes, Alex.

Quand on a la possibilité de passer la porte du Frans Boone Store, toutes ces enseignes qui font tant rêver quand on est derrière son écran d’ordinateur acquièrent une nouvelle dimension. Elles ne sont plus seulement des noms abstraits, des lookbooks ou même des vêtements que l’on porte : elles renvoient aussi à de nombreuses anecdotes et aux vies qu’il y a derrière. Abhras, qui apprécie notamment beaucoup les collections proposées par Engineered Garments, a ainsi eu l’occasion d’en savoir davantage sur le genre de personnage qu’est Daiki Suzuki. On a ainsi appris de lui qu’il parle très peu et qu’il observe beaucoup sa clientèle, debout et vêtu de ses créations.

Et puis, quand on se met à engager la conversation avec Frans, que ce dernier vous fait essayer un waistcoat Post Overalls de la collection printemps/été, et qu’il vous explique que c’est là sans doute la plus belle popeline de coton qu’on puisse toucher et contempler, vous vous dites que c’est nécessairement par la voie sacerdotale qu’on devient une personne de sa trempe…

Une riche curation de labels exclusifs et familiaux

Le Frans Boone Store, c’est une sélection de près de 70 maisons issues du monde entier. Dont de nombreux labels pointus et des collections exclusives pour la saison printemps/été comme pour la période automne/hiver. À cela s’ajoute un véritablement turn-over, qui est le fruit des pérégrinations incessantes et de la personnalité insatiable de son gérant. Frans s’explique très bien à ce sujet et insiste sur le but de sa démarche, qui n’est bien entendu pas de proposer le genre de produits qu’on peut trouver à l’identique ailleurs. Or, nous dit-il, la meilleure manière d’apporter une réelle plus-value dans ce marché, c’est encore de traiter avec les maisons à dimension familiale. C’est-à-dire, non pas celles qui se lancent à peine et dont l’avenir est incertain, mais au contraire celles qui ont un passé riche, une histoire à raconter, et qui se gèrent encore en famille. C’est notamment le cas de Vetra, un label français qui fabrique des vêtements de travail depuis 1927 et qui propose actuellement une ligne de work jacket au rapport qualité/prix absolument imbattable.

C’est également le cas d’Inis Meain, qui exploite, au départ d’un sourcing matière impeccable (lin d’Irlande, mérinos extrafin, mélange cachemire/soie, alpaga,…), le savoir-faire séculaire en matière de travail de la maille d’une vingtaine d’habitantEs de l’île irlandaise d’Inis Meain. Frans passe alors directement commande auprès de son fondateur, Tarlach de Blacam, que ce soit pour des mailles printanières ou bien pour des gros pulls d’hiver. Ce dernier, gentiment bourru et souvent dubitatif lorsqu’on lui soumet l’une ou l’autre demande personnelle, finit toujours par contenter les personnes avec qui il traite. C’est aussi dans ce genre d’échange que se mesure la dimension proprement humaine et intersubjective du rapport qui peut lier une maison familiale à ses revendeurEUSEs.

Frans Boone préfère de loin travailler avec ce genre de maison qu’avec de plus grosses structures. Et cela même si on trouve aussi chez lui des labels moins familiaux comme Levis Vintage Clothing, Common Project, Comme des Garçons ou encore James Perse. Au sujet de cette dernière enseigne, Frans nous raconte être allé, lors de son dernier séjour à Paris, à la rencontre d’un staff de vendeurEUSEs parfaitement ignorantEs de l’artisanat à l’œuvre dans les produits qu’yels vendent. C’est le problème, nous dit-il, avec les sociétés qui emploient un très grand nombre de personnes : leur fonction principale est d’écouler une production, et cela se fait souvent en dehors de toute politique de transparence quant à la nature réelle des produits.

Un autre problème concerne aussi la concurrence qui règne parfois entre le multimarque et les labels qui se sont fait un nom grâce à lui et qui, forts de leur succès, finissent par monter leur propre boutique et par se réapproprier l’exclusivité. Ça a dernièrement été le cas de la maison allemande Merz B. Schwanen, qui réalise notamment des chaussettes et des tee-shirts conçus par des métiers traditionnels. Frans nous raconte s’être retrouvé en léger désaccord avec elle à propos d’une exclusivité boutique, avant que les partenaires ne finissent, heureusement, par s’arranger et par trouver un terrain d’entente.

Un sartorialisme hétérogène, intemporel et haut de gamme

Évoquons de manière plus détaillée le genre de produits (et de clientèle) que cible le Frans Boone Store. Tout d’abord, n’y allons pas par quatre chemins, on est clairement sur un positionnement haut de gamme. Les prix affichés sont, certes, de bons prix : le rapport qualité/prix des items s’inscrit dans la parfaite lignée d’une économie du juste et du durable. Néanmoins, ceuxCELLES qui recherchent plutôt des pièces premium access passeront leur chemin. Du haut de gamme et rien d’autre donc, et souvent même des pièces d’exception. À part peut-être si vous cherchez à vous faire la main avec une paire de Converse ; mais là encore ne comptez pas revêtir les modèles à logo dégueulasses et vendus à moins de 90 euros dans tous les Foot Loco du monde…

Dès le départ, Frans a le désir de proposer une garde-robe complète et d’habiller l’individu des pieds à la tête en basiques comme en pièces plus fortes. Son positionnement stylistique et sartorial se révèle ainsi hétérogène et ravira touTEs les amateurRICEs d’un urban/work/militarywear chic et intemporel. Mais jamais modeux !

On trouvera par exemple des blazers alternatifs à la Engineered Garments ou à la The Gigi, des grosses mailles traditionnelles à la North Sea Clothing ou à la SNS Herning, ou toutes sortes de produits confectionnés par des labels à l’ADN workwear bien tranché comme RRL ou Scarti-lab.

La sélection de pantalons est particulièrement riche et variée elle aussi. On mentionnera OrSlow, dont les chinos et les cargo pants ne sont plus à présenter. Mais aussi Incotex et son impressionnante gamme de produits qui va du pantalon de campagne au pantalon de costume. Il y a enfin les jeans, bruts ou délavés, indigo, gris ou verts, selvedge ou non selvedge : Denham, Resolute, Ron Herman, Prps, Terra Null,… Il y en a vraiment pour tous les styles et pour toutes les envies.

Côté techwear et shell, le Frans Boone Store n’est pas en reste sur ce point non plus, notamment avec sa sélection de pièces Ten C, sans doute la plus importante au monde. Pour les néophytes, Ten C est une maison italienne qui réalise des parkas, des sahariennes 4 saisons et des blousons aux influences très militaires. Des pièces faites dans une matière technique vraiment particulière, qui est un mélange de polyester et de nylon à microfibre trouvant sa source au Japon, avant d’être finalement apprêtée en Italie. Parfaitement étanche, cette matière se patine volontiers avec le temps et a une main et un toucher fantastiques, un peu comme une peau de pêche.

Dans sa volonté d’embrasser tous les styles, Frans Boone s’intéresse bien évidemment au tailoring. En attestent, par exemple, ses collaborations avec Caruso, ses chemises Finamore, ses costumes The Gigi, ses manteaux AMI, ses cravates Drakes ou encore ses magnifiques pochettes Simonnot Godard. Côté chaussures néanmoins, il ne faut pas s’attendre aux genres de produits que l’on trouve habituellement dans la sélection Parisian Gentleman d’Hugo Jacomet. À la vérité, le style Frans Boone est bien davantage celui duDE LA gentleWOman farmer moderne que celui duDE LA gentleWOman parisienNE amateurRICE d’élégance classique. Et c’est cela qui nous plaît sur Abhras : une certaine hétérogénéité dans la manière d’aborder l’art sartorial, la recherche du mélange d’influences, le tout associé à un certain confort, à l’idée d’une outfit qui vit et qui se montre adaptable à de nombreuses situations, formelles, urbaines, mais aussi extra-urbaines et outdoor.

Il en résulte de nombreux souliers à la forme traditionnelle et anglo-saxonne, des workboots en cordovan, des derby en veau grainé, des brogues boots en suédé. Yuketen, Redwing, Alden, Crockett and Jones, Trickers, Edward Green,… sont des labels que vous retrouverez au Frans Boone Store. Lorsque nous avons évoqué ce point avec Frans, celui-ci nous a fait savoir que l’acheteurEUSE moyenNE se montre souvent plus promptE à acquérir de solides chaussures outdoor qu’à investir dans le genre de paire que l’on met pour aller travailler. Spécifiquement si les chaussures en question sont utilisées pour alimenter une passion, comme c’est le cas pour les nombreuxSES chasseurEUSEs et amateurRICEs de grands espaces qui constituent sa clientèle.

I Want His clothes. For Her.

Si la boutique de Frans Boone est essentiellement dédiée au menswear, cela ne signifie pas pour autant que son fondateur considère, de manière essentialiste, sa sélection de vêtements comme une exclusivité masculine. Ici, on est loin de l’esprit de certaines enseignes, voire de certains blogs de mode qui, dans nos cultures occidentales, voient encore le menswear et le womenswear comme deux continents qu’un océan sépare nécessairement. Attitude qui est le plus souvent associée à un gender quality gap qui ne chatouille même pas ses principales victimes.

Frans vend, certes, des vêtements qui sont adaptés au sizing des hommes, la conjoncture socioéconomique étant ce qu’elle est. Mais il ouvre aussi la possibilité aux femmes d’acquérir certaines de ses magnifiques pièces. Dans la mesure du possible, à tout le moins. Lorsqu’une femme rentre dans son magasin et qu’elle accompagne un client, Frans nous apprend qu’il souhaite qu’il y ait toujours quelque chose pour elle. Et nous parlons bien de pièces intemporelles, durables, élégantes et fonctionnelles, qui ne sont hélas pas légion dans le marché du womenswear. Common Project, North Sea Clothing, Orcival, Rocky Mountain Featherbed, Ten C, Vetra,… sont à compter des maisons qui proposent un sizing exploitable par les femmes.

Plus qu’une découverte, un apprentissage

À l’heure d’aujourd’hui, on trouve foisonnement de blogs qui misent sur l’apprentissage du style. Streetstyle et urbanwear polyvalents pour certains, élégance classique et formalwear pour d’autres. C’est l’idée et la volonté d’éducation qui sont souvent mises en avant. Une éducation qui mène ses adeptes vers nombre de maisons et de multimarques qui proposent des basiques essentiels et des pièces fortes accessibles. Le plus souvent dans le respect d’une certaine économie et d’une certaine écologie, mais pas toujours. Si vous êtes en quête d’un style personnel, voyez tout cela comme du secondaire. Car, ici, au Frans Boone Store, c’est l’université qui vous attend. Un lieu où l’on ne vous dit plus forcément quoi ni comment faire, en bonNE élève, mais où l’on vous montre plutôt quoi observer/toucher/sentir et comment développer son propre style à partir de ce seul terreau. En bonNE étudiantE qui, au contact de ce qu’il y a de meilleur, tente de saisir le sens du pas de danse d’unE professeurE ou d’unE conférencierE en action. Tout cela est très subjectif, mais c’est un peu ce que nous avons ressenti lorsque nous avons découvert le travail de Frans Boone et conversé avec lui.

Mais l’analogie ne s’arrête pas là. On se souvient de Jean-Pierre Abraham lorsqu’il exprimait l’idée selon laquelle l’important n’est pas de réussir dans la vie, mais de réussir sa vie. Lorsque nous avons interrogé Frans sur la rentabilité de son entreprise et sur l’investissement colossal en temps et en énergie que cela demande, ce dernier nous a simplement répondu que la seule chose qui le satisfasse vraiment, dans la vie, est sa propre quête de l’excellence, son amour des belles matières et du bel artisanat. Un authentique travail de recherche qui ne saurait se réduire à un banal métier, et qui s’envisage au contraire comme un sacerdoce. Pour cela, nous voyons un peu Frans Boone comme un modèle ayant su concilier réussite dans la vie et vie réussie.

Suivez Frans Boone via @VeryFransBoone et Instagram. Et pour les emplettes, une seule adresse : fransboonestore.com.

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