Le corduroy: le style en héritage

Le corduroy: le style en héritage

Incontournable workwear, symbole anti-establishment, le corduroy a su traverser le temps en marge de toutes les modes. Histoire et sélection d’hier et d’aujourd’hui.

Le corduroy ou velours côtelé ne jouit pas toujours de la meilleure réputation dans le monde du sartorialisme. Et pourtant, pour Jesse Thorn (Put This On), le corduroy est rien de moins que « le tissu de la vie ». Une étoffe terre-à-terre, solide et ancrée dans le temps. Un gage d’histoire mais aussi de style et même d’élégance. Car le corduroy a aussi ses aficionados, notamment parmi les grandes icônes du cinéma: Woody Allen, Robert Redford, Sean Connery ou encore Wes Anderson pour ne citer qu’eux.

Incontournable workwear, symbole anti-establishment, le corduroy n’a cessé d’évoluer au cours de son histoire. En marge de toutes les tendances et de toutes les modes. Aujourd’hui, son héritage est intact et promet même un certain renouveau dans les vestiaires les plus exigeants. Portrait en pleine teinte.

Le corduroy: un tissage de colonnes de mailles

Le corduroy ou velours côtelé est un textile de coton ou de coton mélangé réalisé à partir de la partie rasée du tissu. Semblable à la peluche, il est confectionné sur deux systèmes de chaîne dont l’une constitue la structure et la seconde la couche apportant l’effet velouté. Sous cette forme dite velours trame ou velours côtelé, il propose une alternance de fibres torsadées, tissées et tordues de façon parallèle et de fibres rases et serrées.

Les arêtes verticales formées par le tissage de ce velours strié sont appelées des colonnes de mailles. La largeur du cordon d’un corduroy fait communément référence à la taille de la colonne de mailles, c’est-à-dire au nombre d’arêtes par pouce qui peut varier de 1,5 à 21. Plus la largeur de la colonne de maille est élevée, et plus le corduroy est épais.

Le velours de coton côtelé, un tissu séculaire

Le coduroy est une forme évoluée de l’ancienne futaine, un épais croisé de coton pelucheux utilisé et fabriqué dès 200 après JC en Égypte, dans la ville de Fostat près du Caire et importé en Europe dès le XIIe siècle sous l’impulsion de la croissance progressive du commerce du coton et de la distribution de la toile dans toute l’Europe via l’Italie. Dès le XIVe siècle, la futaine de coton originelle est déclinée dans d’autres types de tissus. Ainsi, dès le milieu du XVIe siècle, à Londres, Norwich et Lancashire mais aussi en Irlande, elle est réalisée dans un mélange de coton et de laine ou de lin et de coton.

Dès le XVIIIe siècle en Angleterre, la futaine devient de fabrication courante et se démocratise. C’est un choix moderne et pratique pour réaliser des vêtements d’extérieur. La futaine est chaude, sèche rapidement et est très résistante à l’usure. Elle est produite dans des versions moins raffinées grattées sur l’envers et sert à la confection de vêtements plutôt utilitaires qualifiés de populaires et modestes, portés pour des courses de chevaux ou dans un usage militaire. Le bandit-dandy britannique des grands chemins Dick Turpin en fait sa marque de fabrique.

Le corduroy, une étoffe workwear

Dès la fin du XVIIIe siècle, la futaine pénètre l’univers métier workwear. Notamment auprès des maîtres d’école et des métiers d’imprimerie, une image encore associée aujourd’hui au corduroy. C’est à cette époque que la futaine fait parler d’elle comme velours de coton (cotton velvet) et comme velours côtelé corduroy.

L’Oxford English Dictionary atteste le premier usage du terme corduroy dès 1774 et en attribue l’origine au vieux français « corde de roy ». À cette époque, les textiles fabriqués en France jouissent d’une très bonne réputation Outre-Manche et les fonctionnaires royaux français sont par ailleurs connus depuis le XVIIe siècle pour porter un tissu velours de style futaine réalisé à partir de fil de soie. Qualité royale et prestige français sont convoqués pour désigner cette étoffe et lui donner quelques lettres de noblesse.

Pourtant au tournant du XIXe siècle, le velours côtelé corduroy est surtout l’étoffe de prédilection des gentlemen farmers et, à l’apogée de la révolution industrielle de l’époque victorienne, il devient également l’uniforme ouvrier en raison de sa rigidité et sa résistance.

Pendant des décennies, le corduroy est le symbole de classe ouvrière et est produit en masse dans des usines partout en Europe et en Amérique. C’est le velours du pauvre porté par les travailleurs, les artistes et les étudiants.

Le corduroy, qui est in qui est out?

Au début du XXe siècle, le corduroy varie ses usages. Il constitue les uniformes des écoliers américains et des scouts français. Conformément à ses origines outdoor et militaires, il est également utilisé dans la confection des pantalons d’alpinistes, de coureurs automobiles et de soldats de la Première Guerre Mondiale en Europe. Les militaires de la Women’s Land Army adoptent également la mythique culotte de velours côtelé.

Dans le courant des années 20 et 30, le corduroy s’installe petit à petit comme la pièce incontournable d’un style décontracté et sportwear: costumes, pantalons, casquettes et blousons en velours côtelé sont de plus en plus appréciés pour leur aspect pratique. À partir des années 50, il acquiert un caractère à la fois in et out, intemporel. Il est porté par toutes les catégories sociales, toutes les tranches d’âge et traverse presque sans sourciller tous les courants de la mode.

Fin des années 60, début des années 70, on assiste à un boum du corduroy qui devient un symbole anti-establishment. Il est alors décliné dans une explosion de couleurs et de motifs. Depuis, il est tombé quelque peu dans l’oubli, et ce malgré la fameuse ligne en velours de Versace lancée en 1980 et la mode des pantalons stretch en velours côtelé des années 90.

Notre sélection corduroy

Où trouver de belles pièces en corduroy aujourd’hui? En Angleterre, la quasi-totalité des fabriques de velours côtelé ont malheureusement fermé leurs portes. Seule la maison Brisbane Moss a survécu et est aujourd’hui la plus importante entreprise produisant du corduroy et de la moleksine. Leurs pantalons sont garantis 3 ans et sont fabriqués dans les règles de l’art: en pur coton (en moyenne 320g/m²) avec une largeur de colonne de maille (ou nervure) moyenne à large pour une bonne épaisseur et une bonne résistance à l’usure.

Une des caractéristiques du corduroy est qu’au fil des ans, il devient de plus en plus doux et acquiert du caractère. C’est donc un excellent investissement (il faut compter 150 euros pour un pantalon de qualité). Le label new-yorkais Dana Lee propose ainsi un magnifique modèle avec du corduroy de chez Brisbane Moss d’une largeur de 10 et joliment resserré au niveau de la cheville.

La maison Ede & Ravenscroft, le plus vieux tailleur londonien en place dans le quartier de Savile Row, propose un modèle aussi très intéressant dans un pur esprit classique anglais.

En veste ou chemise, traditionnellement, les colonnes de maille sont plus étroites et plus fines. Fidèle à son amour de la tradition et des basiques du XXème siècle, la marque britannique Baracuta décline son iconique blouson G9 en corduroy italien. Poches à rabat sur le devant, double-boutonnage au col, taille et poignet en côte … et la fameuse doublure en tartan écossais.

Entre le blouson et la veste, Engineered Garments propose également un modèle de Saharienne (Ashfield Jacket) bien maîtrisé histoire de renouer avec les origines militaires du corduroy.

Doux, résistant et stylé. Laissez faire le reste, le corduroy parle de lui-même. Comme le dit si bien Jesse Thorn, il vous permet d’affronter la vie.

 

3 Comments

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