Slowear: pour un sartorialisme éco-conscient

Slow wear: pour un sartorialisme éco-conscient

Savant mélange d’engagement éco-responsable et d’exigence startoriale, le slowear ancre la qualité dans le temps.

« Agir librement, c’est reprendre possession de soi, c’est se replacer dans la pure durée ». Pour Bergson, le temps n’est autre que le temps vécu de la conscience. Nouveau venu dans le monde du sartorialisme, le slowear s’inscrit précisément dans cette forme très précise de durabilité et d’empowerment de soi. Petit tour d’horizon des bonnes pratiques et de quelques labels de confiance.

Le slowear: un retour aux fondamentaux

Qui dit slowear, dit forcément retour aux fondamentaux: des pièces de qualité intemporelles confectionnées pour durer dans le temps. Les labels qui s’inscrivent dans cette tendance se positionnent contre le rythme frénétique des grandes enseignes de fast fashion pour mettre en place des lignes (plus que des collections) de basiques incontournables. En fait, d’essentiels plus que de basiques.

Pour ne citer qu’elle, Maison Standards se concentre ainsi sur une offre limitée de classiques fonctionnels de tous les jours qui n’obéissent pas à la tyrannie des tendances et des saisons. « Chaque mois, nous alimentons notre ligne avec de nouveaux produits, lentement mais sûrement », explique la jeune marque française.
On est loin des cadences habituelles des grandes chaînes de textile qui bradent la qualité au prix d’un renouvellement continu (en moyenne toutes les deux à six semaines) de pièces de confection plus que douteuse contenant souvent des produits toxiques et du synthétique.

Son homologue américain basé à San Fransisco, Everlane, a le même positionnement : des fondamentaux modernes, une transparence radicale. Grâce à une maîtrise verticalement intégrée de ses modes de fabrication et de ses coûts, les produits sont d’une grande qualité et très accessibles. Sur l’eshop, chaque pièce possède une fiche de traçabilité via laquelle on peut « visiter » l’atelier de production.

Le cercle vertueux du slowear

Transformer son acte d’achat en investissement, c’est le pari du slowear. Pourquoi acheter un tshirt qualifié de « basique » à 40 euros auprès d’un label éco-responsable alors qu’on peut en trouver à moins de 10 euros dans n’importe quelle boutique bas de gamme de prêt-à-jeter? La réponse est dans la question: parce qu’acheter un travail soigné, réalisé dans des matières de qualité, c’est la garantie d’un produit pérenne. Sur le long terme, on réduit sa consommation et donc ses dépenses.

Le slowear fonctionne comme un cercle vertueux. La qualité engendre la pérennité qui engendre une meilleure gestion de sa consommation qui engendre de nouveaux capitaux à réinvestir dans sa garde-robe. En privilégiant une acquisition plus espacée de produits de meilleure qualité, le slowear allonge considérablement le cycle de vie des textiles et constitue un barrage efficace à l’obsolescence programmée de la garde-robe.

Adopter le slowear, c’est donc adhérer à un cahier des charges non seulement éthique et transparent, mais aussi capitaliser ses achats dans le temps. Avant de consommer moins, le slowear: c’est consommer mieux.

L’art et la matière

Le slowear est une pratique consciente du sartorialisme qui se complète par la recherche de matières naturelles, de fibres biologiques et de tissus équitables. Les producteurTRICEs de vêtements durables placent au cœur de leur positionnement le travail de matières comme le coton organique, le coton recyclé, la laine, la soie naturelle, le lin ou le bambou.

C’est la ligne de conduite du label français BASERANGE, spécialisé dans les t-shirts et sous-vêtements en fibres de bambou ou en lin. « Dans le choix des tissus, nous accordons beaucoup d’importance au processus de production », explique cette maison, soucieuse de travailler le plus proprement possible. Leur production principale est basée au Portugal et certains tissages en Turquie, dans des usines locales et familiales. Tous les colorants utilisés sont certifiés Öko-tex ou GOTS et les quantités d’eau comme les produits chimiques sont réduits au maximum dans le traitement des matières.

Et dans les défilés?

Depuis une petite dizaine d’années, l’univers des défilés et créateurTRICEs a lui aussi développé sa fibre éthique. Vingt ans après le lancement de sa carrière dans la mode, John Patrick a décidé de quitter la célèbre et très branchée Seventh Avenue pour partir s’installer dans un entrepôt abandonné à Upstate New York. En créant sa griffe « Organic » en 2006, John Patrick a été un des premiers designers à développer une relation directe avec les collectifs de fermes biologiques au Pérou.

Il a démocratisé le recours aux colorants botaniques, ainsi qu’aux tissus recyclés et fils de laine organiques. Aujourd’hui, sa collection propose des pièces contemporaines en coton organique soigneusement réalisées. Même philosophie pour Amour Vert: le « zero-waste design practices » gagne peu à peu du terrain. Mais un des grands principes du slowear est que les produits durables ne doivent pas être un luxe. Un prix abordable sur l’étiquette est aussi un indicateur de qualité et de slow consommation.

Slowear et rapport qualité-prix: une question de gamme

Consommer mieux et plus durablement, c’est acquérir des produits justes vendus au prix juste. Le fameux bon rapport qualité-prix. Traditionnellement, un bon rapport qualité-prix n’excède pas une marge de 4 fois le prix de revient. Cette donnée doit évidemment être mise en perspective de la gamme du produit.

Contrairement aux logiques consuméristes propres aux grandes chaînes commerciales, l’analyse transversale que pratique le slowear étudie de près tous les critères qui entrent un jeu pour définir un bon rapport qualité-prix: matière, coupe, finition, technicité et design.

En entrée-milieu de gamme, nous avons déjà cité Maison Standards ou Everlane. En chemises formelles, Hast se défend très bien aussi, par exemple. Confectionnées à partir d’un tissu de coton soigneusement sélectionné en double retors et boutonnées en point de croix, leurs chemises sont simples, efficaces et accessibles. Comptez 50 euros: rapport qualité-prix imbattable.

En milieu-haut de gamme et haut de gamme, une marque comme A.P.C est tout juste à la limite avec une marge à 4-4,5. Bien plus intéressante, la maison Benjamin Jezequel qui mise sur une approche épurée, mais sur des réalisations virtuoses. En témoigne son offre de sweatshirts réalisés à l’ancienne en nid d’abeille japonais: sur des machines qui faisaient fureur en Europe au 19e siècle, mais qui ont été abandonnées dès 1920… à cause de leur lenteur! Aujourd’hui, 50 d’entre elles sont encore en activité dans l’usine de Wakayama située près d’Osaka au Japon. Il leur faut en moyenne une heure pour tricoter seulement un mètre de tissu. L’essence même du slowear.

En résumé, le slow wear: c’est consommer moins, oui, mais surtout consommer mieux. Et autrement. En renouant avec les essentiels intemporels et un cahier des charges strict en termes de matières, de techniques de production et de rapport qualité-prix, le slowear nous permet de considérablement augmenter la pérennité de notre garde-robe. Capitaliser ses achats est indispensable pour la pratique d’un sartorialisme éco-conscient.